Dossier du mois - Les couleurs étonnantes de la Bretagne

Les couleurs étonnantes de la Bretagne

Les maisons bretonnes sont-elles sujettes à une fièvre de coloration et à certaines extravagances comme le titrait le journal Libération ? L'exemple serait venu d'Irlande et aurait été encouragé par l'individualisme et l'envie de réveiller les pavillons néo-bretons aux murs blanc ou gris, à la porte ronde entourée de pierres et aux lucarnes émergeant du toit.


Reflets ® Yves Raffray


Toit de chaume et hortensias roses ® Philippe Durand-Gerzaguet

Depuis toujours, dans tous les ports du monde, on finit les pots de peinture utilisés pour l'entretien des bateaux sur les volets et les portes des maisons. Et comme les bateaux ont des couleurs vives pour pouvoir les repérer de loin, les volets des maisons sont en général hauts en couleur.

La maison rouge du port du Guilvinec en pays bigouden, dans le Sud du Finistère a défrayé la chronique car c'est la façade complète qui a été repeinte en rouge pétant, même si aujourd'hui ; onze ans plus tard, sa couleur s'est atténuée sous l'effet du soleil en virant au rose.

D'après Béatrice Taburet, « la couleur des façades est également soumise à une certaine mode : il y a vingt ans tout le monde voulait du saumon. Aujourd'hui, les choix sont plus sobres et tiennent compte du patrimoine, tout en gardant un besoin d'expression personnelle. Une bonne coloration donne à lire le bâti».

Choisir et réussir une coloration de maison particulière ou d'immeuble est une oeuvre collective, partagée entre le (ou les) propriétaire(s), le maire, sans oublier le peintre. Processus long qui suscite de nombreuses concertations. Préserver le patrimoine, conseiller sur la tenue à la lumière et aux intempéries de la couleur choisie, mettre en valeur le bâti, s'intégrer dans l'environnement, tels en sont les enjeux. Et c'est l'occasion de voir ou revoir ses connaissances de la couleur et son interaction avec la lumière et l'environnement.

Stéréotypes bretons


The Onion Johnny ® Jean-Jacques Cordier


Loctudy, maison « vue sur mer » ® Elizabeth Condemine

Sur cette devanture bleu ciel, cette bicyclette et ses oignons roses sont les symboles de Roskoff. «Johnny l'Oignon» est le surnom donné aux fermiers bretons qui venaient vendre leurs oignons en porte à porte en Angleterre, Pays de Galles et Irlande. Habillés d'une chemise rayée et d'un béret, poussant une bicyclette à laquelle pendait des oignons, « Johnny l'Oignon » est devenu une figure stéréotypée des français, seul contact à cette époque, au milieu du XXème siècle, qu'un anglais ordinaire avait avec la France.

Les maisons « vue sur mer » sont majoritairement blanches, entourage des portes et fenêtres en pierre, les volets étant les endroits de prédilection pour les teintes marquées. Or l'arrivée des volets roulants et de nouvelles matières qui ne se peignent pas (PVC, notamment) ont encouragé les habitants à mettre des couleurs plus vives sur les murs de leur habitation.

Les Abris du Marin ont toujours été roses


Combrit Sainte Marine ® Philippe Durand-Gerzaguet


Douarnenez ® Ludovic Péron

Fondés par l'aristocrate humaniste Jacques de Thézac et construits à partir de 1900, les Abris du Marin ont toujours été roses, sauf sur l'île de Sein, où il est bleu. « Le rose, c'est la couleur du bonheur » disait Jacques de Thézac. C'est aussi ce qui les rendait repérables dès l'arrivée au port. Le rose était obtenu avec de la brique pilée.

Ce sont des lieux d'hébergement sains, chauffés et confortablement aménagés au bénéfice des marins en escale, pour leur éviter de passer leur temps dans les tavernes du port. Ils sont inspirés des sailor's homes britanniques. Quinze abris ont été construits entre 1900 et 1952.

Les murs prennent la parole


Projet de fresque réalisé par Gwendal Huet / wen2 de Réponses Associées et Yann Métivier / pakone

Initiée en 2000 à l'occasion d'un programme d'embellissement du quartier des Quatre Moulins sur la rive droite de Brest, ce projet de fresques urbaines implique à la fois les habitants et les acteurs du territoire. Le parrain du projet est le chanteur brestois Christophe Miossec dont un portrait a été réalisé rue Bugeaud. A terme, le quartier comportera dix réalisations dont huit peuvent déjà être admirées. Cette initiative a été l'occasion d'inviter les muralistes lyonnais de Cité Création, spécialiste mondial en matière de décoration et de scénographie urbaine, à partager leur savoir-faire.

Parmi les sujets évoqués, on trouve la botanique ou comment les plantes et graines de nos jardins ont été rapportées par les voyages d'exploration scientifique, l'océanographie car Brest est le principal pôle européen pour les sciences et techniques liées à la mer, la musique invitée sous toutes ses formes dans les nombreuses festivités qui se succèdent à Bres pour inciter au partage et à la rencontre.

Glaz et bleus bretons, deux couleurs spécifiques


Un exemple de Bleu breton ® GildaJan-Trekearth


Couleurs du glaz selon Marque Bretagne

Il y a autant de bleus bretons que de fabricants de peinture. La couleur se rapproche à l'origine, du bleu de la Sainte Vierge, comme à Ouessant. En bord de mer, on peignait en bleu les volets pour se mettre sous la protection de la Vierge Marie. Ce bleu outremer était obtenu par broyage de lapis-lazuli, pierre très chère donc les surfaces peintes se limitaient aux rehauts. Avec l'arrivée des pigments artificiels s'ouvre la possibilité de peindre de plus grandes surfaces.

Quant au glaz, c'est un mot qui existe uniquement dans les langues gaéliques et n'a pas de traduction française. Il s'agit de la couleur de la mer, ni bleue, ni verte, un mélange de bleu et de jaune qui se laisse voir différemment suivant les lumières. Sa perception est particulière, subtile et change en fonction du temps, de l'environnement et même de l'humeur. C'est donc une couleur incertaine. Un seul mot désigne toutes les couleurs de la mer : qu'elle soit bleue, verte, grise, la mer est toujours glas !

L'art dans les chapelles


La chapelle rouge - Christophe Cuzin ® gildasjan


La chapelle rouge - Christophe Cuzin ® gildasjan

Cette chapelle monochrome rouge vif est le travail de Christophe Cuzin pour l'exposition baptisée « L'art dans les chapelles » en 2011. Cette oeuvre, une silhouette d'une chapelle générique, a été installée à Pluméliau, sur l'emplacement d'une ancienne chapelle. Le choix du rouge, explique l'artiste, crée un espace autour d'elle, sur fond de nature verte et de ciel bleu. C'est une oeuvre éphémère, « en immersion, la couleur devient une matière en volume ».

Sur fond gris des granits, des ardoises et des schistes, les couleurs de la Bretagne sont multiples et varient au gré des villes et villages bretons ; de nombreuses initiatives donnent un nouveau souffle aux traditions encore prégnantes. Au delà des Côtes d'Emeraude ou de Granit Rose, sous les couleurs fluctuantes du ciel et ponctuées par des hortensias bigarrés, cette région sait accueillir les influences, qu'elles viennent du Nord via l'Irlande ou de la région lyonnaise. Une curiosité bienfaisante pour notre plus grand plaisir.

Elizabeth Condemine
Couleur & Marketing
www.couleuretmarketing.com

Un grand merci à :
Béatrice Taburet de l'agence Réponses Associées à Brest
et à Evelyne de Couleurs de Tollens-Brest