Dossier du mois

Les couleurs toniques de l'Atrium de Jussieu

Ce nouveau bâtiment du campus Jussieu, mis en service à la rentrée 2006 a reçu une mention spéciale au prix de l'équerre d'argent 2006. La couleur y est jouée de manière originale tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, par un jeu entre les différents matériaux, les différentes « peaux » et les volumes. Les tonalités sont vives et le résultat fonctionnel comme demandé par le cahier des charges.

D'un volume imposant (8 niveaux sur 17 000m²), il vient compléter le fameux gril d'Edouard Albert imaginé dans les années 60 (plan en forme de grille) et resté inachevé après la mort de ce dernier en 68. L'université Pierre-et-Marie-Curie-Paris-VI a choisi de regrouper ses étudiants de première année, en majorité de disciplines scientifiques, dans le bâtiment «16 M» afin d'adoucir leur intégration.


L'Atrium de Jussieu et son socle écarlate, photo Luc Boegly


La façade « résille », photo Luc Boegly

Un phare coloré qui joue avec les matériaux simples

De loin, il se remarque par son socle rouge et sa façade « résille » en double peau. « On avait envie d'énergiser le campus » explique l'un des architectes du collectif Périphériques. Le bâtiment est enveloppé de panneaux verticaux micro perforés en tôle aluminium anodisée composés aléatoirement de plus ou moins grandes perforations embouties, formant une peau sensible, épaisse et brise-soleil. La couleur ne se perçoit donc qu'en second plan par transparence. Chaque étage est clairement repéré par une couleur signalétique spécifique et forte pour résoudre un des travers bien connus à Jussieu : « on s'y perd ».

Les matériaux utilisés sont basiques (béton, métal et verre). Ils dégagent une esthétique puissante, simple et solide à la fois.

De grandes fenêtres urbaines à l'échelle du bâtiment permettent par endroit de dévoiler la profondeur de celui-ci et de découvrir un patio-loggia creusé dans son épaisseur jusqu'à l'atrium central ou de révéler la façade vitrée de certains espaces intérieurs.


Une couleur par étage, photo Luc Boegly

L'Atrium conçu comme un centre commercial

C'est le poumon de l'établissement et ses dimensions sont spectaculaires : 50m sur 15m ouvert sur toute la hauteur du bâtiment (28m50). Il accueille 3 400 étudiants soucieux de gagner rapidement leurs salles de cours ou laboratoires. C'est au centre commercial qu'il emprunte sa stratégie fonctionnelle : cinq artères de circulation matérialisées par autant d'escalators et trois «ponts» de bureaux le transpercent.

Les murs sont en panneaux de béton préfabriqué brut « comme une carcasse à la fois solide et raffinée » explique l'architecte Anne-Françoise Jumeau. Son associé, David Trottin, précise : « Les panneaux en béton sont à la fois lourds pour assurer la fonction de garde-corps aux coursives périphériques, et en même temps légers car l'absence de jointoiements visibles semble les faire flotter dans l'air ». Cette peau épaisse est percée d'alvéoles qui laissent ainsi apparaître les coursives qui sont autant de points de vue différents sur le coeur du bâtiment.


Les escalators, photo Luc Boegly


Les coursives, photo Luc Boegly

Le béton, laissé brut côté atrium, est peint côté coursive. Les couleurs vives, que revêtent sols, murs et plafonds, servent à repérer d'un coup d'oeil les salles d'enseignement : bleu pour la chimie, vert pour la physique, etc.

Autour de l'atrium, les parois de béton percées d'alvéoles laissent ainsi apparaître les coursives. Là encore, dans ces couloirs comme dans les salles de cours, c'est le triomphe de la couleur. Violet, vert anis, orange, rose... Un code ludique pour faciliter la navigation entre les différentes spécialités enseignées. Il est facile de s'orienter car en un coup d'oeil, on sait où se déroulera le prochain cours. C'est une véritable place verticale. Le lieu se veut convivial et lumineux. L'atrium tire sa lumière d'une verrière zénithale et de façades vitrées protégées de brise-soleil en panneaux d'aluminium perforé. Leur largeur (1,20 m) correspond à la trame constructive de Jussieu, conçue par l'architecte Edouard Albert.

Périphériques : une architecture volubile haute en couleurs

De projet en projet, s'il est un élément que l'on peut retrouver dans le travail de Périphériques, c'est bien la couleur. « Le fait de mettre de la couleur dans un projet pour lequel on n'a pas beaucoup de sous est un moyen de le qualifier » déclare David Trottin qui anime avec Anne-Françoise Jumeau et Emmanuelle Marin-Trottin ce regroupement d'architectes à structure évolutive, label et plate-forme de recherche, créé il y a 10 ans. Il s'est fait remarqué, entre autres par la réalisation en 2005 de 30 maisons "sociales" à Rézé (44). Leur ambition est de revisiter avec les maîtres d'ouvrage les icônes de l'architecture, ce qui leur vaut parfois certaines critiques. « Nous prenons des risques parce que nous estimons qu'une pensée doit pouvoir être chahutée » dit Anne-Françoise Jumeau.

Mieux faire circuler les personnes, c'est certainement mieux faire circuler les idées et les connaissances. Et la couleur est très utile tant sur le plan esthétique que sur l'efficacité fonctionnelle.

Elisabeth Condemine,
Couleur & Marketing
www.couleuretmarketing.com