Dossier du mois

Spectaculaires gratte-ciels en couleurs

Ils ressemblent à un voilier amarré sur une île artificielle comme le Burj Al Arab à Dubaï, ils symbolisent l'arc en ciel comme la Baiyoke Tower à Bangkok ou la Ne'eman Tower en Israël, leurs façades miroitent ou au contraire se veulent transparentes, les gratte-ciels de Tokyo, Shanghaï, Ryad, Londres ou New York proposent des architectures spectaculaires qui n'ont jamais connu une telle diversité de formes, matériaux et couleurs. La couleur peut aussi y jouer un rôle significatif.

Le Colorium de Düsseldorf

Construit en 2001 par les architectes anglais Alsop sur le port de Düsseldorf, cet immeuble de 18 étages, haut de 62 mètres participe à la transformation du port et des docks en pôle médiatique. Sa façade en verre est une véritable mosaïque de couleurs où 17 images différentes se combinent pour former un motif qui rappelle les tableaux du peintre Mondrian. Un volumineux toit rouge couronne ce bâtiment à la manière d'une casquette.

Le Colorium à Düsseldorf : un tableau dans ce quartier médiatique- photos flickr

L'immeuble GSW à Berlin

C'est une barre concave assez étroite construite en 1999 comme extension d'un groupe d'immeubles de bureaux situé à Berlin sur l'ancienne frontière Est-Ouest et qui, à ce titre, constitue l'élément fédérateur entre le présent et le futur. Il s'agit des bâtiments de recherche de la société Boehringer Ingelheim. Les architectes berlinois Matthias Sauerbruch et Louisa Hutton ont utilisé pour la façade ouest des panneaux pare-soleil colorés afin de créer un motif qui représente une structure moléculaire agrandie et abstraite, emblématique du laboratoire de la société biochimique. En plus de sa fonction décorative, les verres imprimés à 70% assurent aussi, en tant que peau externe de la double façade, les fonctions de protection solaire et visuelle. Sur le toit, un brise-vent en forme de planche de surf coiffe le bloc et renforce l'effet de lignes géométriques.

Immeuble GSW à Berlin, une mosaïque colorée qui protège du soleil- photo flickr

La National Commercial Bank à Djedda

Imposante par sa couleur rouge et cependant tout en finesse, cette tour triangulaire de bureaux comporte 27 étages et est accolée à un parking circulaire. La façade rectiligne dont la couleur rouge s'harmonise avec le paysage est percée d'une ouverture qui laisse apparaître les trois cours triangulaires sur lesquelles donnent les fenêtres, comme il est d'usage dans ces régions. Cette tour a été construite en 1983 par les architectes américains Skidmore, Owings & Merrill (SOM).


La façade rectiligne du National Commercial Bank à Djeddha (Arabie Saoudite)

La Blue Tower de Bernard Tschumi

Situé à Manhattan, cette tour de seize étages abrite 32 appartements et son « design inhabituel et spectaculaire veut être le symbole de la vitalité du quartier" selon son promoteur. Ce quartier de New York, le Lower East Side -« la porte de l'Amérique » ou le « ghetto de Manhattan » - est le quartier qui accueille depuis toujours des immigrés de tous les pays. Il est devenu l'un des plus à la mode de la ville. La structure de la tour bleue, livrée en octobre 2007, est en béton et comporte un léger porte-à-faux qui fait qu'elle est plus large en son milieu qu'à son pied. Sa façade est pixellisée avec différents panneaux de verre gris et teintés de bleu, des nuances symbolisant l'extrême diversité sociologique et raciale du quartier.


La Blue Tower, symbole du renouveau du Lower East Side à Manhattan

Chacune des réalisations ci-dessus montre comment la couleur participe à la volonté d'apporter du dynamisme dans le paysage urbain avec une rupture plus ou moins marquée. Le débat sur la hauteur des tours, relancé récemment par la ville de Paris, est supplanté par l'originalité des formes et des matériaux utilisés. Le « toujours plus haut » est maintenant remplacé par le souci du bien-être des habitants et l'impact environnemental du bâtiment. Sans aucun doute, la construction d'une tour dans une ville est encore le symbole de sa croissance économique et financière. La Torre Agbar à Barcelone de Jean Nouvel ouvre la voie de matériaux aux couleurs indéfinissables, nous y reviendrons certainement.

Elisabeth Condemine
www.couleuretmarketing.com