Dossier du mois

La perception des couleurs en façade

Une maison ou un immeuble mal proportionné, sans caractère, peu intégré au paysage environnant ? Voici trois exemples qui montrent comment la couleur peut valoriser une façade, changer dramatiquement ses proportions et modifier sa perception. Les solutions préconisées par les professionnels sont simples : puiser dans les couleurs et matériaux locaux pour éviter le blanc banal. Faire ressortir les détails architecturaux, voire les créer s'ils n'existent pas. Dissimuler ceux jugés inopportuns. Considérer le bâtiment non pas isolément mais sur la toile de fond de son environnement local.

Cas n°1 : Une maison bourgeoise à Versailles (Yvelines)


Avant - Photo Borry


Après - photo Borry

le constat : cette maison très classique se situe à Versailles au coin de deux rues passantes. Le précédent ravalement fut réalisé en blanc. Son propriétaire souhaite retrouver la couleur des enduits de chaux du 18ème siècle que la ville a largement employé par l'utilisation des sables colorés locaux

la solution : en concertation avec l'architecte conseil de la ville, un jaune soutenu est choisi. A contrario, les lucarnes sont intégrées dans la toiture par une couleur grise alors qu'elles étaient blanches. Les volets s'harmonisent en vert amande.

le résultat : le caractère de cette maison bourgeoise est renforcé. Elle est devient plus présente tout en retrouvant un lien avec l'histoire locale.

Cas n°2 : Un long bâtiment à Saint-Germain en Laye (Yvelines)


Avant - Photo Climage


Après - Photo Climage

le constat : ce bâtiment en béton et ciment blanc prend trop d'importance. Il est sans caractère. La demande des architectes est de l'intégrer à son environnement et de lui redonner l'esprit des trois anciennes maisons contiguës que ce bâtiment des années 80 a remplacé.

la solution : l'analyse met en relief trois zones qui deviennent prétexte à trois colorations de tonalités différentes choisies dans la palette de la ville, subtile variation autour des ocres clairs. Par contre, les lucarnes considérées comme monumentales doivent ici rester apparentes et seront donc blanches.

le résultat : ce bâtiment se perçoit ainsi comme plusieurs bâtiments accolés dont les harmonieuses variations de teintes s'intègrent d'avantage au quartier ancien dans lequel il est implanté.

Cas n°3 : Un immeuble à Durfort (Tarn)


Avant - Photo Tressol


Après - Document Tressol

le constat : cet immeuble à caractère social de deux étages apparaît comme un bloc de béton troué d'une trentaine de fenêtres et d'une verrière située au dessus de la porte d'entrée. Il est triste et massif. La demande du propriétaire est de lui donner du rythme. La tonalité dominante des alentours va du vert clair des pâturages au vert soutenu des forêts. La région de Durfort est connue pour ses maisons à colombages c'est-à-dire à pans de bois de teintes soutenues.

la solution : il est proposé de séparer le bâtiment en trois « maisons » et de réaliser des colombages en trompe l'oeil. Le choix se porte sur des harmonies en camaïeu dans des teintes ocre sable qui s'accordent avec le vert environnant.

le résultat : en alternant les harmonies en haut et bas sur chaque maison, le bâtiment perd de sa rigidité et acquiert du dynamisme. Il respecte le patrimoine architectural local. Les habitants sont enchantés.

Voici un bref rappel des principes qui régissent la perception des façades :

  • La couleur d'une façade varie au cours de la journée et suivant les saisons. La lumière de midi est écrasante et bleutée, plus rouge le matin et le soir, plus froide en hiver qu'en été, plus bleue aussi au Nord et rouge orangé au Sud. Le végétal étant provisoire, chaque saison en modifie sa perception.
  • La couleur d'une façade varie en fonction des matériaux et végétaux qui l'entourent : en ville, chaque immeuble renvoie sa lumière et son énergie aux autres et les ouvertures jouent comme des miroirs ; l'eau si présente, est un matériau ambigu qui scintille, prend différents aspects et influe les bâtiments environnants.
  • La couleur d'une façade dépend de l'aspect de surface : une matière lisse ou sèche apparaît plus lumineuse, plus claire que la même matière rugueuse obtenue par projection qui semble plus « sombre ». Attention, un relief favorise l'encrassement.
  • A vos palettes ! Coloristes conseils et façadiers réputés pour leur expertise couleur sont prêts à vous conseiller.

    Elisabeth Condemine, Couleur & Marketing www.couleuretmarketing.com

    Merci à Emmanuel Borry, Entreprise Borry, www.borry.fr et Lucrèce Tressol, consultante couleur.