Dossier du mois - Les villas colorées des Côtes d'Opale et Picarde

Les villas colorées des Côtes d'Opale et Picarde

Le long de la Manche, face à l'Angleterre, entre Saint-Valéry-sur-Somme et Calais, les « perles » sont nombreuses et forment un « collier » de stations balnéaires. Lieux de vacances des Lillois, puis des Parisiens fortunés et enfin, avec l'arrivée des congés payés, de tous les Parisiens, la Côte Picarde, autour de la Baie de la Somme, et la Côte d'Opale entre Berck et Calais, s'étendent sur près de 200 kilomètres de littoral.

Nous allons découvrir les villas colorées de Wimereux, au Nord de Boulogne sur Mer, la plus ancienne station balnéaire de la Côte d'Opale, Le Touquet Paris-Plage et enfin, plus au Sud, Mers-les-Bains.

Wimereux, une station balnéaire de « villégiature »
Wimereux, célèbre pour sa digue promenade et ses cabines de plage blanches et bleues, constitue un ensemble architectural remarquable de maisons et d'immeubles typiques de la Belle Époque et il suffit de faire le tour des noms de ces magnifiques maisons pour entrer dans le vif du sujet : Napoléonette, La Malouine, Petit bonheur, Les Mauriciens, Paul et Virginie, Le Sphinx, Albatros, Nautilus... Autant d'invitations au voyage et à la villégiature.

"Le charme à l'anglaise est très présent, avec ses bow-windows, les fameuses fenêtres en saillie sur les murs des maisons, mais aussi avec les soubassements en pierre qui font office de socle, protégeant les bâtisses des marées et d'un éventuel enlisement dans le terrain meuble de la ville." dit Justine Hostekint, extrait d'un article "Villas de charme" paru dans Version Femina, supplément des quotidiens du groupe La Voix du Nord.

En matière d'architecture, les chalets aristocratiques et bourgeois rythment les rues avec leurs styles différents. Les tuiles vernissées, les briques émaillées, les galets délavés forment des bandes alternativement vertes, jaunes et marron. Le bois des colombages, des bow-windows et des balcons se marient avec la pierre de Baincthun, fameuse pierre à bâtir locale, comme celle de Marquise, qui forment la plupart des sous-bassements. En matière de couleur, nous avons remarqué :

  • Les villas du front de mer qui s'harmonisent avec les cabanes de plage.
  • Les maisons jumelles, dont chaque partie se différencie des autres par la couleur, les modénatures étant similaires.
  • La villa La Frégate, particulièrement polychrome, qui n'hésite pas à jouer aussi avec les rayures verticales ou horizontales.

  • Maisons jumelles ® Laurent Dubus


    Villa La Frégate ® Laurent Dubus

    La fantaisie du style touquettois, entre mer et forêt
    Station des quatre saisons, la prospérité du Touquet, « un morceau de la côte anglaise dérivé sur la France » est indissociable de la présence britannique dont on retrouve l'influence dans la diversité de son architecture.

    Si les premières habitations du bord de mer sont des chalets, une ambiance créative pousse les architectes à rivaliser de virtuosité et quelquefois d'extravagance. À partir de 1925, ce sont au total une vingtaine d'architectes qui travailleront au Touquet-Paris-Plage, d'où une dynamique d'invention et un patrimoine très varié qu'ils laisseront derrière eux. Dès 1924, entre cent et cent cinquante villas nouvelles sont construites chaque année, ce qui fait du Touquet une sorte d'exposition permanente d'architecture.

    Retenons, visibles aujourd'hui dans la station balnéaire, certaines interprétations stylistiques de l'anglo, l'hollando, le picardo et le normand, et appréciables pour leurs couleurs :

  • La villa Tata Ice, avenue de la Paix, construite en 1926, est décrite comme « réalisation la plus surprenante de l'architecte lillois Horace Pouillet ». Son architecture est largement empruntée au cubisme tchèque et ses formes sont inspirées de l'Art Déco. La villa doit son nom au souvenir d'une « Tante Alice ». Elle est construite en béton recouvert d'un enduit rose et est marquée par la vigueur de ses formes : arc au-dessus de l'entrée du garage, baies du second étage aux formes inversées, fortes moulures verticales latérales, décrochement au niveau du second étage portant le nom de la villa, impostes aux formes inversées de l'avant-corps couvert d'une terrasse à gauche, cheminée, clôture et montants du portail d'entrée.
  • La villa Wallonne, villa d'angle réputée pour ses façades et ses toitures, est de très grande taille avec ses trois niveaux et ponctue de façon intéressante l'entrée de ville, symétriquement à l'entrée de la rue Saint-Jean. Elle repose sur un haut soubassement en pierre de Baincthun, comme l'Hôtel de Ville. De type chalet, elle fait référence au Village Suisse tout proche, sorte de folie romantique avec tourelles et créneaux qui abrite des commerces et est couronnée de logements.

  • Villa Tata Ice ® Jos Van de Velde

     


    Villa Wallonne, source Wikipedia

    Mers-les-Bains, « la fleur du littoral »
    C'est ce que dit la devise latine figurant sur le blason de la ville « in litore floreo ».
    Monsieur Michel Delepine, adjoint délégué au patrimoine raconte l'évolution des couleurs de Mers-les-Bains : « Jusqu'en 1986, les couleurs se limitaient au marron, au blanc cassé et au vert bouteille. Monsieur Robert Joly, architecte des Bâtiments de France a réalisé un travail villa par villa, décrivant les céramiques (fleurs, cabochons) et s'en est inspiré pour redonner aux huisseries des couleurs nouvelles. La couleur a explosé depuis 30 ans ».

    Le style des villas mersoises est riche (anglo-normand, flamand, picard, mauresque, Renaissance, Louis XIII, Napoléon III, années 30) et les ornements florissants : balcons ouvragés, bow-windows et loggias, ferronneries, auvents, baies, frontons, consoles, briques émaillées à dominante bleu-vert, carreaux de grès émaillés, céramiques, mosaïques, frises, clous, cabochons, mascarons, rosaces, cartouches, médaillons.

    Les « villas », ainsi appelées pour les distinguer des hôtels ou des « maisons de rapport », portent généralement leur nom en façade : souvent des prénoms féminins ou des termes empruntés à la nature (fleurs, mer, etc). Au total, 600 villas ont été répertoriées, ce qui confère à Mers-les-Bains une densité sans équivalent.

    Parmi les villas emblématiques qui se font remarquer par leurs couleurs, on peut citer :

  • la villa Bon Abri, à l'architecture de bois très riche, représentative du style « anglo-normand », dont la façade est en fausse symétrie, comportant des décorations têtes de cygnes et de léopard.
  • la villa l'Aiglon, aux décors en céramique architecturale magnifiquement restaurés par Louise Bulcourt-Félix, restauratrice de céramique architecturale.
  • la villa la Parisienne et son pendant la villa Française dont la façade est animée par des oriels et le nom de la maison inscrit sur carreaux de céramique.

  • Mers-les-Bains ® Laurent Dubus


    Villa La Parisienne ® Laurent Dubus

    Wimereux, Touquet Paris-Plage et Mers-les-Bains, trois villes balnéaires qui savent par l'utilisation des couleurs, se donner une personnalité et s'appuyer sur leur histoire pour animer les saisons. Elles se situent dans une région peu médiatisée qui sait apprivoiser la nature généreuse, sauvage, imprévisible, au ciel changeant. Encore une région de France aux couleurs inspirantes, aux harmonies toujours nouvelles et riches d'anecdotes.

    Elizabeth Condemine
    Couleur & Marketing
    www.couleuretmarketing.com

    Merci à Laurent Dubus, Dunkerquois passionné d'images, de photographies et d'infographie.
    http://www.flickr.com/people/dl-photo/
    https://www.facebook.com/pages/Dubus-Laurent/447120768701758

    Pour aller plus loin :
    La Côte d'Opale, architectures des années 20 et 30, sous la direction de Richard Klein. Institut Français d'Architecture
    Le Touquet Paris-Plage, la côte d'Opale des années 30. Richard Klein. Collection Les années modernes.