Le chantier du mois

Le Havre, plus important chantier de reconstruction de France.


Le Havre, un centre ville entre Manhattan et Pompéï

Jadis décriée pour son urbanisation au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, "la ville la plus détruite de France" appartient aujourd'hui au prestigieux classement du patrimoine mondial de l'humanité. Un privilège qui n'est pas sans conséquences pour les nombreux chantiers encore en projet.

132 bombardements , 12 500 immeubles détruits, 5000 morts et 80 000 sans-abri... Le Havre aura chèrement payé sa situation portuaire stratégique. Prise entre les feux allemands et alliés, la plus grande commune de Normandie va pourtant se relever en un temps record, sous l'impulsion du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme qui confie le projet à l'atelier d'Auguste Perret .

Entièrement rasé par le conflit, le centre -ville est reconstruit selon un plan orthogonal - semblable à celui de Manhattan et San Francisco ou de... Pompéï. Seuls un boulevard en diagonale et les rares monuments intacts viennent contrarier cette trame en damier. Il en résulte un parfait alignement des façades et une organisation rigoureuse de l'espace urbain, reflet du "classicisme structurel" cher à l'architecte.

A noter que la trame de référence mesure 6,24 m soit la longueur de portée optimale d'une poutre de béton à l'époque. C'est en effet ce matériau qui constitue l'intégralité des réalisations : immeubles d'habitation, bâtiments publiques, mais aussi lieux de culte comme en témoigne l'Eglise St-Joseph et sa tour de plus de100 mètres.


Plan du Havre, centre ville à plan orthogonal


Le Havre, clocher de l'Eglise Saint Joseph


Eglise Saint Joseph : vitraux et béton

Paradoxalement, c'est le choix du béton , souvent abusivement critiqué, qui vaut au centre-ville du Havre d'être inscrit par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité, pour son " exploitation novatrice du potentiel" de ce matériau.

"Exemple exceptionnel de l'architecture d'après-guerre" Le Havre doit aujourd'hui relever de nouveaux défis : accueillir un nombre croissant de touristes venus du monde entier, tout en respectant le style établi par Perret.

Un enjeu supplémentaire pour les chantiers à venir : l'installation du casino dans l'ancien Palais de la Bourse ; la transformation des anciens docks en commerces et loisirs ; ou encore la réhabilitation et le désenclavement des quartiers portuaires...

Mort en 1954 avant l'achèvement de l'Hôtel de Ville et de l'Eglise St Joseph, nul doute qu'Auguste Perret aurait sourit de ce revirement de l'Histoire, lui qui, autrefois, s'était heurté au conservatisme de la profession et avait affronté la réticence des Havrais eux-mêmes.


Plan du casino prévu pour juin 2006 (façade Nord)